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L'actualité de la Macif

Les produits hydroalcooliques : avec modération, mais sans crainte

Entre le rappel d’un gel hydroalcoolique non conforme au mois de mai, et les alertes sur l’auto-inflammation possible du produit soumis à de fortes chaleurs, il n’en fallait pas moins pour semer le trouble et se demander si les vacances, déjà bien perturbées, n’allaient pas se transformer en période d’angoissant dilemme.

Par Jean-Christophe Moine

Devra-t-on se protéger du virus en se désinfectant régulièrement les mains avec un produit hydroalcoolique, au risque d’exploser dans sa voiture ?! Ou bouder cet alcool, une fois ne serait pas coutume, pour éviter tout accident ?
Rappelons, pour commencer, que se laver les mains avec de l’eau et du savon reste le geste le plus efficace pour éviter la propagation du coronavirus. En l’absence d’eau disponible, les produits hydroalcooliques (PHA) sont utiles pour continuer à se désinfecter les mains avant et après un risque de contact avec des objets et des supports contaminés.
Ce mélange stérile d’eau et d’alcool (alcool éthylique, alcool propylique ou alcool isopropylique), associé à un émollient comme la glycérine et, parfois, un antiseptique, que l’on trouve sous forme de gel, de mousse, de spray ou imbibant des lingettes, doit impérativement répondre à la norme NF EN 14476 certifiant l’efficacité virucide du produit.
Une simple solution antibactérienne ne sert à rien puisqu'on essaye de combattre un virus. De plus, la concentration en alcool doit figurer visiblement sur l’étiquetage : 60% à 70% ou 520 à 630 mg/g. Une marque a récemment fait les frais du non respect de cette norme, avec une campagne de rappel lancée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.
Consommé dans les boissons alcoolisées, l’éthanol est cancérogène et neurotoxique. Mais, heureusement, il est très peu absorbé par voie cutanée. De manière générale, estime l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (lire le rapport au format PDF), « les produits hydroalcooliques sont bien tolérés » sauf en cas d’utilisation sur peau abîmée (sensation de brûlure), en application sur une peau humide (augmentation de l’irritation) et en cas d’allergie aux parfums quand le produit hydroalcoolique en contient.
Pas de problème de ce côté-là, y compris pour les femmes enceintes : la société française d'hygiène hospitalière autorise l’utilisation de PHA pendant la grossesse, sur des mains sèches, à frictionner jusqu'à évaporation totale du produit.

Auto-inflammation : bidon

Fin mai, une société fait le buzz en publiant la photo d’une portière de voiture qui aurait brulé à la suite de l’inflammation spontanée d’un PHA. Possible ?

Non, selon le professeur de chimie Yannick Pouilloux interrogé par Francetvinfo : sans flamme extérieure, un PHA doit être porté à une température de plus de 350°C pour s’enflammer tout seul. Comme le stipulent d’ailleurs toutes les fiches techniques de ces produits, ainsi que la fiche toxicologique de l’éthanol, que l’on peut trouver sur le site de l’Institut national de recherche et de sécurité. L’avis est confirmé par les autres experts, dont Vanessa de La Grange, ingénieure à l'unité Prévention du risque
chimique du CNRS, qui estime « très improbable » qu’un flacon puisse s’enflammer spontanément en l’absence de flamme (source : AFP). Autant dire que l’intérieur d’un véhicule laissé toute une journée au soleil, pendant que nos orteils font trempette,
arrivera tout au plus, avec ses 60 à 70 degrés (selon la Société chimique de France interrogée par Checknews), à faire ramollir le plastique qui contient le produit. Ce qui, en soi, n’est pas sans danger car il sera alors brûlant.
Quelques experts pessimistes ont quand même imaginé qu’une paire de lunettes laissée entre le soleil et le flacon de gel pourrait, par son effet loupe, entraîner une combustion spontanée. Mais avouez que le scénario relève plutôt de l’arnaque aux assurances ou d’un mauvais
épisode de Marvel. Les PHA étant inflammables, on prendra évidemment garde de les mettre à l’écart de toute flamme ou source d’étincelles.

Problèmes cutanés : limités et généralement bénins

Le risque de diminuer l’efficacité protectrice de notre peau est, quant à lui, plus sérieux.
En effet, les micro-organismes bénéfiques de notre épiderme (des bactéries, champignons et acariens constituant notre microbiome, ou microbiote cutané, un biofilm de surface protecteur) sont détruits par les solutions hydroalcooliques en même temps que les micro-organismes pathogènes, sans discrimination.
À force d’aseptiser la peau, notre immunité naturelle est perturbée et nous devenons plus sensibles aux agressions de l’environnement pouvant provoquer eczéma, acné, psoriasis ou simple dessèchement et irritations.
Mais pas de panique ! Même si, à la longue, notre microbiome risque d’avoir des difficultés à se reconstituer, il ne sera pas trop perturbé par un usage modéré de solutions hydroalcooliques. Notre flore cutanée se reforme très rapidement. Globalement, les PHA sont bien tolérés et ne
devront être évités qu’en cas de peau très irritée, abîmée ou comportant une plaie.

Perturbateurs endocriniens : le danger n’est pas toujours là où l’on croit

Une étude américaine sur les gels antibactériens, très médiatisée en 2015, faisait état d’un risque accru d’absorption de bisphénol A par la peau lorsqu’on utilise une solution hydroalcoolique.
Le bisphénol A, utilisé principalement dans la fabrication de plastiques, perturbateur endocrinien avéré, entraîne une dégradation de la qualité et
de la quantité de sperme chez l’homme, des dérèglements hormonaux, des modifications de l’ADN, des cancers… Mais beaucoup d’articles de presse furent inutilement alarmistes et anxiogènes sur le sujet.
Car les solutions hydroalcooliques, classées dans les produits biocides utilisés pour l'hygiène humaine, ne contiennent pas de bisphénol A : les produits oncogènes, mutagènes ou tératogènes et les perturbateurs du système endocrinien y sont interdits, comme le rapporte la Société française d’hygiène hospitalière dans un article très documenté. L’étude en question portait, en fait, sur les risques d’absorption de bisphénol A contenu dans les tickets de caisse lorsqu’ils sont en contact prolongé (4 minutes) avec une grosse dose de gel antibactérien déposée sur la main. Une situation de laboratoire bien éloignée des pratiques réelles. Rappelons que le bisphénol A a été interdit en France, dans les biberons en 2011, dans les produits destinés aux enfant de moins de trois ans en 2013 et dans les produits en contact avec l’alimentation (ustensiles de cuisine, emballages, bouteilles, bocaux, bols, bouilloires, robots cuiseurs, bacs à légumes des réfrigérateurs…) en 2015.

Pas de danger de ce côté-là ?
Oui et non. On ne peut guère passer sous silence la nature toxique des plastiques et leur faculté à se retrouver un peu partout sous forme de particules fines. Si les plastiques dont on connait la nocivité ont été interdits dans les contenants alimentaires, il n’en est pas toujours de même dans ceux de la cosmétique. Les PHA sont donc stockés dans des flacons qui, potentiellement, diffusent lentement leurs molécules néfastes dans le produit qu’on étalera sur les mains.
Bisphénols et phtalates, pour ne citer que les plus célèbres, sont des substances toxiques pour nos cellules, à l’origine d’inflammations, de perturbations endocriniennes et de cancers. Si vous n’êtes pas sûr de la composition de votre flacon de PHA, il est important de ne pas le laisser au soleil, de l’utiliser rapidement, pour limiter la migration des substances toxiques dans la solution, et de se badigeonner les mains de produits potentiellement dangereux. Là encore, pas de panique, notre corps est exposé à des substances plastiques à longueur de journées (nous en ingérons l’équivalent d’une carte de crédit chaque semaine, quand même !), et sa présence dans les flacons de PHA n’est pas une raison suffisante pour bouder ces produits sanitaires.
Prenons simplement des précautions, en les achetant dans des réseaux fiables (en particulier les pharmacies), garantissant l’usage de plastiques réglementaires (les normes sont de plus en plus strictes en Europe, ce qui n’est pas toujours la cas pour les produits achetés sur internet et dont on ne connait pas la provenance), et en les utilisant avec parcimonie, pour éviter « l’effet cocktail » issu de notre sur-utilisation du plastique. Pour les plus sceptiques, on peut trouver des PHA conditionnés en flacon en verre.

Autre conséquence désastreuse de l’usage de flacon en plastique, la pollution de l’environnement.
La majorité des plastiques finit en déchets qui s’amoncellent sur des sites d’enfouissements ou se retrouvent dans la nature : 8,3 milliards de tonnes qui mettront 4 siècles à se dégrader, selon la première étude menée sur la question. Or, cette pollution n’impacte pas seulement la santé de notre fragile planète. Les minuscules particules, que l’on retrouve partout, s’accumulent dans nos organes et dans nos tissus.
Attention ! Au chapitre des perturbateurs endocriniens, certains gels hydroalcooliques vendus sur internet contiendraient encore du triclosan, cet agent antibactérien perturbateur endocrinien avéré. La molécule "tueuse de bactérie", utilisée comme conservateur, est autorisée en Europe dans les produits de beauté et d’hygiène, avec une concentration maximale de 0,3% du produit fini (0,2% pour les bains de bouche).
Selon l’INSERM, c’est un composé très préoccupant, dont de nombreuses études ont montré la toxicité.
A éviter absolument.

« Tenir hors de portée des enfants »… et des animaux

La mention est clairement apposée sur les flacons de solutions hydroalcooliques.
Le risque d’ingestion du produit par un enfant, avec un risque d’intoxication éthylique, n’est pas à exclure totalement. Mais le cas, relaté en 2009, d’une fillette à l’alcoolémie de 2,2 g/l, est exceptionnel, voire unique. Reste que la mention « Tenir hors de portée des enfants » est prudente, alors que de nombreux fabricants aromatisent leur solution à la fraise ou à la banane pour attirer les clients. Produits à éviter doublement, puisqu’ils sont aussi sources d’allergies.

Incroyable mais vrai, une vétérinaire de Haute-Savoie n’avait jamais pensé devoir répondre à la question « dois-je javelliser mon animal ou le laver au gel hydroalcoolique ? » Non, répond Charlotte Piquet, estomaquée de voir arriver des chats en coma éthylique dans son cabinet. Si vous avez vraiment peur d’attraper la Covid-19 en caressant votre animal, ce qui est très improbable, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, contentez-vous de vous laver les mains avant et après l’avoir papouiller.

Vous pouvez utiliser sans crainte les solutions hydroalcooliques dès lors qu’elles répondent à la norme NF EN 14476, et que vous en faites un usage modéré et responsable. Vous l’aurez compris, inutile de se badigeonner de gel hydroalcoolique à la maison. A l’extérieur, utilisez de préférence une solution spéciale « peau sensible » dans laquelle des additifs émollients bio, comme l’aloe vera ou l’huile de jojoba,
permettront d’hydrater votre peau et d’éviter sécheresse, irritations et crevasses. Si vous êtes partisan du tout bio, des recettes circulent, dont une très alléchante potion composée de gel d’aloe vera, de glycérine végétale, d’huiles essentielles de niaouli, de ravintsara et de manuka. Bien que les effets antiviraux potentiels de l’huile essentielle de ravintsara soient connus sur les virus de la grippe et de l’herpès, on ne connait pas ses effets sur les « virus enveloppés » comme le coronavirus.
Ces formulations sont à éviter, au profit de recettes naturelles plus sérieuses qui contiennent aussi de l’alcool.
Peu de solutions naturelles reçoivent les agréments européens, mais il en existe quelques unes répondant à la norme EN 14 476.
Ces produits se périment car, une fois ouverts, ils ne sont plus stériles. Evitez donc de les utiliser après leur date de péremption.
Aux apprentis pharmaciens et chimistes, on ne saurait trop conseiller de ne pas manipuler les ingrédients inflammables, voire explosifs, nécessaires à la production de produits hydroalcooliques, et aux partisans de produits naturels, de se tourner vers des mélanges sûrs.
Les solutions hydroalcooliques étant abrasives, elles peuvent endommager vos bijoux si vous les lavez trop souvent. Des bijoux qui, par ailleurs, devront aussi être régulièrement désinfectés dans une eau savonneuse, inoffensive pour l’or, et pour l’argent, à condition de bien les sécher ensuite.
Les PHA ne sont ni photo-toxiques, ni photo-sensibilisants, et il n y a donc pas de risque de brûlure lorsqu’on expose ses mains au soleil. En revanche, l’alcool déshydrate. Une peau enduite de PHA sera donc doublement agressée par le produit et le soleil, avec un risque d’irritation cutanée. La Société Française de Dermatologie recommande de ne pas utiliser de produits parfumés, qui peuvent entraîner des pigmentations.
Gardez-les hors de portée des enfants.
Et, enfin, ne jouez pas les scouts dans votre voiture en testant l’effet loupe de vos dernières lunettes à la mode sur un flacon posé en pleine chaleur sur le tableau de bord pour savoir si, quand même, il y aurait peut-être un risque d’auto-inflammation lorsqu’un jour vous partirez dans un pays très très chaud ou sur la planète Tatooine.

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