19.01.2012 Entreprise

Après la transmission

Qui sont les repreneurs de PME. Quelles sont leurs motivations ? À quelles difficultés font-ils face ? Quelles sont les clés d’une transmission réussie ? Portraits et témoignages.

En photo : Hubert Brugier, cédant, et Ananda Langlois, repreneur de Brugier Sérigraphie

La crise actuelle le met clairement en lumière : au-delà les enjeux financiers, c’est la question du maintien de l’activité économique et de l’emploi qui est posée. La transmission des 2,6 millions d’entreprises françaises – dont 92 % de TPE de moins de 20 salariés – représente un enjeu central, alors que 900 000 dirigeants sont aujourd’hui âgés de plus de 50 ans.

"Pour la Macif, derrière l’entreprise, il y a avant tout des hommes, souligne Alain Masclet, de la direction des Partenariats du groupe Macif. Si la vente d’une société représente souvent un capital retraite pour le cédant, accompagner et aider à la transmission de tout type d’entreprises est une nécessité pour maintenir et développer sur le long terme l’activité sur tout le territoire."

Accompagner dans la durée

"Trouver un acquéreur n’est pas facile, témoigne Hubert Brugier, qui a cédé en 2008 son entreprise de sérigraphie implantée à Rodez (Aveyron) à Ananda Langlois, un jeune technicien sérigraphe de 34 ans. Et quand on trouve le bon candidat, il faut l’accompagner, continuer d’investir pour rester compétitif, organiser la continuité de l’activité."

Ananda Langlois a ainsi travaillé à ses côtés pendant un an et demi comme salarié de la société Brugier, avant de la diriger. "Une très bonne expérience, résume le repreneur. J’ai pu comprendre le fonctionnement de l’entreprise, évaluer le potentiel, définir les priorités d’investissement. Grâce à l’achat d’une machine à commande numérique, nous avons su répondre à de nouveaux besoins. En trois ans, nous nous sommes diversifiés, avons créé un département graphisme et sommes passés de quatre à huit salariés.

Cela n’aurait pas été possible sans la volonté du cédant de transmettre son entreprise dans les meilleures conditions." Toutes les cessions/reprises d’entreprises ne se passent pas toujours de façon aussi idéale, même si c’est la volonté initiale du dirigeant.

Cadres : donner du sens à son expérience

Certains cadres issus de grandes entreprises se confrontent au défi du redressement et du développement de PME industrielles. Nicolas Lefévère est l’un d’eux. "À 34 ans, j’étais devenu directeur d’agence au sein d’un grand groupe bancaire, raconte-t-il. J’avais le sentiment d’avoir fait le tour de mon métier quand la crise financière de 2008 a achevé de me convaincre de m’investir dans une activité plus durable." Nicolas négocie alors une rupture conventionnelle avec la banque et décide de vivre une année à part en s’investissant au sein d’autres activités.

C’est Emmanuel Hervy, un ami rencontré quelques années plus tôt, qui fournit une nouvelle opportunité à Nicolas. Son père, Michel Hervy, souhaitait lui transmettre son entreprise de mégisserie implantée à Millau et à Limoges. Emmanuel, ingénieur, expert du cuir, ne voulait cependant pas diriger seul l’entreprise de 54 personnes en pleine réorganisation, et faisant face à des difficultés financières importantes. Nicolas va donner des conseils, s’impliquer progressivement dans le projet jusqu’à devenir l’un des deux associés repreneurs.

Aujourd’hui, il a trouvé son équilibre et a l’impression de faire quelque chose d’utile et d’important en maintenant un patrimoine industriel et des emplois dans la région.

 

Ils témoignent...

  • Mireille Garolla, associé gérant du cabinet Group 3C

"Après avoir dirigé plusieurs sociétéTémoignage de Mireille, transmission d'entreprises importantes, j’avais mis ma carrière entre parenthèses pour élever mes enfants. En 2008, j’ai passé deux ans comme “business angel” auprès d’associations où je conseillais des créateurs. J’ai pu mesurer leurs difficultés et cela m’a convaincue de l’intérêt de la reprise d’une activité déjà structurée. J’ai eu un coup de cœur pour un cabinet de gestion de transition professionnelle. Le cédant a joué le jeu, m’a introduite auprès de son réseau et de ses associés au sein du cabinet sans pouvoir toutefois empêcher l’apparition de tensions dans l’équipe. Aujourd’hui les tensions sont apaisées. Si c’était à refaire, je recommencerai demain."

 

  • Hubert Brugier, cédant, et Ananda Langlois, repreneur de Brugier Sérigraphie Témoignage d'Hubert, transmission d'entreprise

"D’ici quatre ans, j’aurai fini de rembourser la nouvelle machine à commande numérique dans laquelle nous avons investi pour nous ouvrir de nouveaux débouchés, explique Ananda Langlois, le repreneur de Brugier Sérigraphie. L’entreprise est saine. Elle compte une centaine de clients diversifiés et a créé quatre emplois pérennes. La reprise était pour moi la seule solution car aujourd’hui il est tout simplement impossible de créer une entreprise de sérigraphie : le coût de l’investissement initial est beaucoup trop important pour être supporté par une entreprise sans portefeuille de clients. Aucun banquier ne suivrait."

 

  • Nicolas Lefévère, repreneur de la mégisserie Hervy

Témoignage de Nicolas, transmission d'entreprise"Pour un banquier qui voulait du concret, j’ai été servi ! Il a fallu que je fasse mes preuves auprès des collaborateurs qui voyaient avec méfiance l’arrivée d’un associé extérieur à l’activité. Rien n’est jamais acquis, mais les changements opérés permettent de redresser cette entreprise de 54 salariés. Je me surprends à faire des choses dont je ne me serais pas cru capable et je dois avouer avoir contracté le « virus ». Les traitements que nous appliquons aux peaux d’agneaux, afin de les transformer en cuir pour des gants, sacs ou vêtements destinés à de grandes marques, me fascinent et me passionnent. Je suis tout simplement heureux de réaliser de beaux produits et de contribuer au maintien d’un savoir-faire unique et d’emplois en région. Je crois que ma famille, que j’ai toujours associée à mes décisions, en profite également."

 

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