19.01.2012 Financement

L’enjeu de l’argent solidaire

Mise en place par des organismes spécialisés, l’épargne solidaire est une source de financement pour les associations et la possibilité pour les épargnants de placer leur argent dans des investissements responsables.

En photo : Juliette Donadieu, épargnante solidaire. Lire son  témoignage ci-dessous.

Comme n’importe quelle organisation, les associations ont parfois besoin de fonds pour financer leur action ou faire face à une difficulté passagère. Malheureusement, elles peuvent rencontrer de grandes difficultés à convaincre les acteurs des circuits financiers et bancaires classiques qui connaissent peu leur univers et se montrent frileux. 

Accéder au crédit 

C’est notamment pour répondre à ces besoins particuliers de financement que les circuits de finance solidaire se sont développés dans les années 1980 autour d’organismes spécialisés tels que France Active, mais aussi d’établissements financiers traditionnels ayant développé une branche solidaire.

L’originalité de ces acteurs est de voir au-delà du profit et d’intégrer dans leur sélection des dossiers d’autres critères comme l’efficacité dans la lutte contre l’exclusion, la contribution à la cohésion sociale ou le développement durable.

Il en va ainsi du groupe Macif, l’un des contributeurs de la finance solidaire en France : « Dans notre démarche, il n’est question ni de mécénat, ni de charité mais d’insertion par la création ou le maintien d’activité économique. L’objectif est de financer des projets clairs et qui tiennent la route avec notre partenaire France Active », témoigne Éric Van La Beck, responsable Macif Gestion.

Grâce au placement solidaire de la Macif, labellisé par Finansol, de nombreux épargnants ont ainsi la certitude que l’unité de compte d’assurance-vie, baptisée MG responsable et solidaire créée en 2002, consacre entre 5 et 10 % de son encours au financement d’une structure sociale (entreprise ou association). Pour le reste, l’argent fait l’objet d’un investissement socialement responsable. Il est ainsi investi dans des entreprises sélectionnées en fonction de leur engagement en matière sociale et humaine ainsi qu’environnementale et sociétale.

Donner du sens à son épargne

Comme les banquiers classiques, ces financeurs collectent l’épargne. À la différence (capitale) près qu’ils le font auprès de particuliers jouant la carte de la solidarité : « Ceux qui ont choisi de mettre une partie de leur argent au service de projets qui ont du sens à leurs yeux », explique Philippe Frémeaux, éditorialiste du magazine Alternatives Économiques. 

Ces épargnants peuvent soit investir dans des produits d’épargne financiers, soit souscrire à un fonds d’épargne salariale, ou encore entrer en direct au capital d’une entreprise solidaire. Ils donnent ainsi à ces structures la possibilité de bénéficier de crédits sans mettre en péril leur modèle de développement.

« Beaucoup de personnes souhaitent évoluer dans une société plus humaine, où le lien social serait plus fort et la précarité moins grande, constate Philippe Frémeaux. Elles sont soucieuses de s’engager personnellement à travers des activités bénévoles ou d’utiliser une partie de leur épargne au profit des autres. »

Un modèle peu connu mais solide

Même si ces aspirations sont aujourd’hui partagées par bon nombre de Français, les produits, eux, restent encore méconnus du grand public. En réalité, c’est principalement grâce à l’épargne salariale qu’ils se développent actuellement : 40 % des fonds en proviendraient directement. Ce qui ne constitue pas en soi, loin s’en faut, un frein au développement de la finance solidaire puisque 12 millions de salariés bénéficient de tels plans d’épargne via leur entreprise ! En temps de crise, le modèle pourrait même être plus dynamique que celui de la finance classique. En dépit d’une certaine tendance au repli sur soi, les difficultés économiques peuvent en effet parfois susciter des réflexes de solidarité. L’épargne solidaire a donc de beaux jours devant elle.

 

Ils témoignent

  • Jean-Michel Lecuyer, responsable du financement des entreprises solidaires che France Active 

« Mon action a du sens. Mais, je suis aussi conscient qu’il y a fort à faire dans le secteur de l’économie solidaire. L’an dernier, nous avons financé 900 structures qui contribuent à l’emploi des personnes en difficulté d’insertion, en leur prêtant de l’argent ou en nous portant garants de leurs emprunts. C’est finalement peu au regard des 50 000 structures existantes. L’action de France Active ne s’arrête toutefois pas au financement pur. Notre intervention comporte aussi un aspect pédagogique. Nous apportons une méthodologie permettant de se structurer sur le plan financier afin que les structures aient un développement sain. Parfois, nous aidons une association avant même sa création, assistons à son démarrage et l’accompagnons dans ses développements successifs. Nous sommes heureux de contribuer à ces aventures. »

 

  • Juliette Donadieu, épargnante solidaire

« Il y a encore peu de temps, j’effectuais des dons d’argent directement à des organisations non gouvernementales (ONG). J’ai désormais opté pour une autre forme de solidarité, via l’épargne. J’ai ouvert par exemple un livret au nom de ma fille que j’alimente régulièrement. Une partie des intérêts qu’il génère est reversée à des structures solidaires que j’ai choisies. C’est une façon moderne et simple de donner à ceux qui n’ont pas ma chance. Pour moi, l’opération est presque indolore et pourtant je partage une partie de mes gains. Dans l’avenir, je prévois de continuer à épargner solidaire. J’envisage même de faire souscrire Les Traverses, l’agence d’organisation d’événements que je dirige, à des placements similaires. »

 

  • Marc Martin, directeur de l’école régionale de la deuxième chance à Toulouse

« L’association est financée par des fonds publics tels que la région Midi-Pyrénées à hauteur de 45 % et le fonds social européen (FSE) à 30 %. L’argent est versé de façon régulière par la région mais avec un important décalage pour les subventions FSE. Ce problème, combiné au fait que nous n’avons pas de fonds propres, entraîne d’importantes difficultés de trésorerie. Raison pour laquelle nous avons souscrit cette année deux emprunts. L’un auprès de notre banque, l’autre auprès de Midi-Pyrénées Active, le représentant de France Active dans notre région. C’était naturel, pour une association d’utilité publique comme la nôtre, de nous tourner vers du financement solidaire. Quel plaisir de constater que l’argent ne sert pas exclusivement à spéculer, mais qu’il contribue aussi à améliorer le destin des plus fragilisés. C’est d’ailleurs notre raison d’être puisque nous accompagnons les jeunes en échec dans un parcours de formation. »

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