04.06.2013 Prévention

Alcool et jeunes : en parler

L'Observatoire français des drogues et des toxicomanies confirme, dans son dernier rapport, une tendance d'ivresses intenses chez les jeunes. Le docteur Philippe Batel, addictologue, revient sur les conséquences de ce fléau. Interview.

On le savait déjà : les jeunes consomment de l’alcool de plus en plus tôt et de plus en plus massivement. Le dernier rapport  "Drogues et addictions", de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), qui vient d'être publié, confirme l'augmentation des ivresses intenses et ponctuelles dès 15-17 ans. Selon le rapport de l'OFDT, 53 % des jeunes de 17 ans déclarent au moins un épisode d'alcoolisation intensive et excessive dans le mois, contre 46 % en 2005 (et contre 36 % d’adultes ayant eu un épisode dans l’année).

En avril 2012, le docteur Philippe Batel, coauteur de l’ouvrage Alcool : les jeunes trinquent, avait répondu pour Macif.com à nos questions sur les dangers de l'alcool et en particulier du binge drinking. Il préconise une prévention de proximité et conseille les parents désemparés. C'est l'occasion de découvrir ou de redécouvrir l'interview.

Depuis quelques années, le binge drinking fait couler beaucoup d’encre. Qu’est-ce que c’est ?
En anglais, Binge drinking signifie « faire la fête ». C'est un comportement d’alcoolisation caractérisé par une ivresse délibérée et recherchée. Les adolescents vont tout faire pour parvenir rapidement à une ivresse très intense. Pour cela, ils boivent sur un temps très court des alcools forts, comme le whisky ou la vodka, mélangés à du sucre pour masquer le goût amer. Généralement, le binge drinking consiste à boire plus de cinq verres pour un homme et plus de trois verres pour une femme dans une même soirée. Sur les cinq dernières années, le nombre de patients  de moins de 20 ans admis dans les hôpitaux de Paris pour coma éthylique a été multiplié par deux.
Quelles conséquences sur la santé des jeunes ?

Les professionnels de la santé sont surtout inquiets de l’impact de l’alcool sur le plan cérébral et cognitif. L'alcool abîme considérablement les circuits neuronaux de la mémoire. Même si les jeunes ne s’alcoolisent que le vendredi ou le samedi, ils auront un déficit de mémoire qui en fera des élèves ou des étudiants beaucoup moins attentifs. Et cela peut aboutir à l’échec scolaire.Les études de suivi montrent qu’entre 22 et 28 ans, il y a une baisse naturelle de cette pratique. L’entrée dans la vie active ou la vie en couple font que « se déchirer » tous les week-ends devient incompatible. Sauf que ce comportement va ressurgir vingt ans plus tard, en lien avec un stress professionnel par exemple...
À court et long termes, quels sont les autres risques ?
La prise d’alcool combinée à d’autres substances psychoactives a des conséquences sur le comportement, la vigilance et surtout sur la prise de risques. Une alcoolisation, qu’il y ait ivresse ou non, peut amener à être acteur d’une violence ou victime, par exemple d’un vol (sac, portable, portefeuille). Sur le plan de la sexualité, les adolescents ont des rapports sexuels non protégés, non désirés ou non clairement consentis, sans compter le risque de contamination par les maladies sexuellement transmissibles.
Des études menées sur deux groupes de 15-20 ans - l’un qui pratique le binge drinking et l’autre qui consomme de l'alcool sans pic - montre que ceux qui ont « bingé » entre 15 et 20 ans ont trois fois plus de risques d’être dépendants de l’alcool et à d’autres produits psychoactifs dans les années à venir. Il y a donc à l’adolescence une période de sensibilisation qui est extrêmement dangereuse.
La prévention a-t-elle un sens pour les jeunes ?

Ils restent hélas peu sensibles aux messages de prévention concernant l’alcool et les risques routiers. Or, ils cumulent des facteurs qui rendent la conduite beaucoup plus dangereuse : conducteurs peu expérimentés ; conduite des véhicules d’occasion et donc de moins bonne qualité ; conduite de nuit ; prise combinée de substances psychoactives (alcool, cannabis, cocaïne) ; vitesse... L’alcool est la première cause de mortalité chez jeunes sur les routes mais pas seulement. Il y a aussi les accidents domestiques ou les troubles du comportement, comme le passage à l’acte suicidaire.
Quelle prévention mettre en place ?

De la prévention de proximité. Il faut aller chercher les jeunes là où ils sont. Et utiliser les supports des jeunes, en particulier Internet. Il n’est pas normal que la publicité pour l’alcool soit autorisée sur Internet sans message de prévention, alors que les jeunes sont très présents sur le web. Il y a là quelque chose à changer.
Comment aider les parents à fixer des limites ?
Leur rôle d’éducateurs reste très important. Il faut favoriser et entretenir le dialogue autour du sujet. De même qu’un parent fait de la prévention sur la sexualité et en parle avec son enfant vers l’âge de 12-13 ans, c’est au parent de prendre l’initiative d'aborder les dangers de l’alcool et des autres produits psychoactifs. Par ailleurs, il ne faut pas laisser passer une ivresse. Quand l’adolescent rentre ivre à la maison, on en reparle et on fait le point sur ce qui s’est passé. On maintient le dialogue et non pas la pression. Il ne faut surtout pas dramatiser parce que très souvent le phénomène est passager. Les jeunes finissent par modifier leur rapport à la consommation d’alcool.

 

A lire
Alcool : les jeunes trinquent, Marina Carrère d’Encausse avec Docteur Philippe Batel, aux éditions Anne Carrière, 2011.
Pour en finir avec l’alcoolisme, Docteur Philippe Batel, aux éditions La Découverte, réédité en 2011.
 

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