18.09.2012 Société

Étudiants : la vie au quotidien

A vingt ans, ils sont moins insouciants que leurs aînés, mais veulent aussi profiter de leur jeunesse. Au moment de leur rentrée, trois étudiants témoignent sur leur quotidien souvent fait de précarité.

Ont accepté de nous parler de leur vie d’étudiants :

  • Arthur Cotteverte
  • Théophile Sclavis
  • Mathilde Rouzaud

Les temps changent. « De la misère en milieu étudiant », un pamphlet politique lancé par l’Internationale situationniste et des étudiants de Strasbourg en 1966, dénonçait alors l’absence d’esprit critique. Quarante-cinq ans plus tard, le titre est à prendre au pied de la lettre : près de la moitié des étudiants vit bien au-dessous du seuil de pauvreté.

A la rentrée universitaire 2011 un étudiant a dû débourser 2 372,40 euros en moyenne, soit 4,2% de plus que l’année précédente...
En cause : les frais d’inscription, de transport, de restauration et surtout de logement. Selon l’enquête 2011 de l’Observatoire de la vie étudiante, les étudiants ne sont plus que 22% à louer un logement seul, « un luxe », soulignent certains d’entre eux. 

Si la vie étudiante est faite d’aléas, cette précarité traditionnelle est aujourd’hui perçue comme l’antichambre du déclassement social.
« Certaines familles vivent une précarité croissante », souligne Muriel Seïté, chef du service social Étudiants au Crous de Paris. Or, 73% des étudiants dépendent financièrement de leur famille, selon La Mutuelle des étudiants (LMDE).

Le salariat nuit à la réussite scolaire

« Ce sont les étudiants étrangers, hors Europe, venant sans garantie de ressources, qui sont le plus en difficulté, relève Muriel Seïté. Mais il y a aussi des étudiants de familles très modestes qui sont uniquement exonérés des frais d’inscription et de Sécurité sociale. Sans oublier ceux qui ont rompu avec leur famille pour des questions comme le choix de la ville d’étude, du petit ami qui ne convient pas aux parents, l’orientation sexuelle différente…» 

Résultat : le Fonds national d’aide d’urgence (Fnau), créé par la ministre des Universités en septembre 2008, est passé de 1,5 million à 3,75 millions d’euros. Et, signe des temps, « cette aide est accordée pour tout cursus et jusqu’à 35 ans, au lieu de 30 ans auparavant », précise Muriel Seïté.

Pour certains, l’allongement de la durée des études est à mettre en relation avec l’accroissement du salariat étudiant : sans doute bien plus que les 28% répertoriés en 2011 par  la LMDE, taux qui ne prend pas en compte les étudiants salariés affiliés au régime général de la Sécurité sociale, car travaillant plus de 20 heures par semaine.

« Selon l’Observatoire de la vie étudiante, un travail salarié de plus de 15 heures par semaine hypothèque les chances de réussite universitaire », ajoute Muriel Seïté. Le Crous de Paris, qui accompagne 10% des 300 000 étudiants de la capitale (la plus importante académie de France), est la seule institution à accorder des aides conséquentes pour la santé, les transports, le chauffage, voire les fournitures universitaires (polycopiés, blouses…).

Cette information est en ligne sur le site du Crous, ainsi que sur ses comptes Facebook et Twitter. Des aides de 300 euros en moyenne, mais qui ne dispensent pas de devoir travailler pour vivre.

L’alimentation parfois sacrifiée

Très souvent négligée par les étudiants, l’alimentation est devenue un réel problème avec la domination d’une nourriture rapide, grasse et sucrée, disponible à tout instant et à prix cassés. Mais le milieu étudiant s’organise [lien article Epiceries solidaires]. Le Crous de Paris étudie, de son côté, des nourritures à emporter et diététiques pour s’adapter aux horaires et aux pratiques des étudiants. Car l’aide à la recharge de la carte Monéo pour accéder aux restau-U, qui existe depuis 1998, est de moins en moins sollicitée. Pour Muriel Seïté, « les étudiants préfèrent être libres de leurs choix alimentaires : aller à la cafétéria, acheter des denrées, des sandwichs, etc. ».

Mieux vaut être aussi en bonne santé : 8% des étudiants déclarent avoir renoncé à d’autres postes de dépenses pour pouvoir se soigner, selon la LMDE. Muriel Seïté constate que « les filles demandent de l’aide pour leurs pilules contraceptives, qui sont chères et souvent non remboursées ».

Elle souligne aussi l’émergence de nouveaux besoins : « Le téléphone portable et Internet sont devenus indispensables. Sinon, c’est une galère pour communiquer. Il faut aller dans les cybercafés. Et comment trouver du boulot, être informé rapidement pour un logement, une aide sociale ? Les jeunes qui viennent au Crous ne se plaignent pas, ils ont encore confiance, ils savent qu’ils ont l’avenir devant eux ». Mais peut-être les situations les plus difficiles restent- elles cachées. Pour sauver les apparences.

 

Ils témoignent :

  • Arthur Cotteverte, étudiant à Tours

Témoignage d'Arthur, étudiant« Cette année, le seuil d’accès aux bourses a été relevé et ma mère a retrouvé un travail, alors j’ai une bourse de 220 euros mensuels au lieu de 370 euros l’an dernier. Je paie un loyer de 390 euros pour un deux pièces de 33 m2, bien couvert par une APL (Aide personnalisée au logement) de 215 euros mensuels. Mon père peut m’aider financièrement en cas de coup dur. J’ai travaillé trois mois l’été dernier : brancardier un mois, puis deux mois au service technique de la mairie de Veigné, une petite commune au sud de Tours. Le reste du temps, mes 30 à 35 heures de cours hebdomadaires empêchent tout travail salarié. Pour économiser, je prends très peu ma voiture et je fais mes courses en covoiturage. Je chauffe mon logement par intermittence pour économiser l’électricité. En fin de mois, je préfère manger plutôt que d’aller prendre un pot dans un bar et ne pas demander d’argent à mes parents. J’ai une cagnotte pour m’offrir quelquefois un concert ou des sorties entre amis. Et je regarde mes comptes tous les jours. »

 

  • Théophile Sclavis, étudiant à Lyon

Témoignage de Théophile, étudiant« Après le bac, je me suis inscrit en anthropologie et arts du spectacle à l’université de Lyon II. J’étais également inscrit au conservatoire de théâtre de Lyon. Et le soir, j’étais ouvreur au théâtre des Célestins, à Lyon. Je mangeais midi et soir en prenant le métro, un rythme infernal. J’ai abandonné la fac, au bout de quatre mois. J’ai quitté le domicile de ma mère, à Caluire, pour une colocation à Lyon. D’abord à deux, puis à trois : partager un loyer mensuel de 790 euros, c’est avantageux. On y gagne aussi sur le plan humain. Cette année, je ne peux plus travailler aux Célestins, car j’ai 35 à 40 heures de cours par semaine à l’Écike nationale des arts et techniques du théâtre (ENSATT). J’ai mis de l’argent de côté quand j’étais ouvreur et mes parents m’aident comme ils peuvent : je suis tranquille pour un an. Pour me faire de l’argent de poche, je me suis inscrit sur Internet pour faire l’accueil dans des Salons pendant les week-ends. »

 

  • Mathilde Rouzaud, étudiante Orléans

Témoignage de Mathilde, étudiante« Mes parents habitent Montlouis-sur-Loire, je ne connaissais personne à Orléans. J’ai trouvé un studio près du centre ville à 380 euros par mois pour 30 m2 et j’ai une APL (Aide personnalisée au logement). Le logement universitaire, c’est encore plus cher ! Mes parents m’aident énormément, mais je tiens à devenir autonome. J’ai arrêté de faire de l’équitation, trop cher pour moi. J’ai fait la récolte des maïs il y a deux ans. Avant la reprise des cours, en novembre, j’ai fait plusieurs stages à Tours, payés 20 à 30 euros la semaine. C’était très peu, mais le soir et le week-end, j’avais le temps de faire des petits boulots, comme du baby-sitting. Je surveille mes dépenses, par exemple, j’ai demandé à changer de pilule contraceptive, non remboursée et trop chère. J’ai un téléphone portable à forfait bloqué (20 euros) et un ordinateur portable pour mes études, mais pour les nouvelles technologies, ça s’arrête là. Je ne prolongerai pas mes études pour des raisons financières. »

 

Voir les autres articles
Prem's
Ressources Humaines
Carrière

Rejoindre le groupe Macif, c’est s’engager dans un Groupe qui place les femmes et les hommes au cœur de sa stratégie de développement.