19.01.2012 Société

Cohabitation entre générations

Pour rompre l’isolement et contourner la crise du logement, les seniors expérimentent aussi le partage de leur quotidien avec des adultes plus jeunes ou d’autres seniors. Des associations les accompagnent dans ces nouveaux choix de vie.

Début septembre, Sabrina Pereira, 22 ans, s’est installée chez Claudette Morillon, 81 ans. Embauchée par une société d’assurances, Sabrina a dû laisser derrière elle, pendant la semaine, sa maison et son petit ami pour venir travailler à Angers durant dix-huit mois. C’est l’association Le temps pour toiT qui a permis aux deux femmes de se rencontrer, résolvant pour l’une comme pour l’autre un problème d’isolement, mais aussi de ressources financières limitées pour Sabrina.

Se loger sans loyer

En échange de sa présence le soir et la nuit, Sabrina est hébergée avec pour seule contribution financière auprès de son hôte, ses « frais d’usage » (consommation personnelle d’eau, gaz, électricité) de l’ordre de 15 à 30 euros par mois en général selon le logement et le temps de présence requis. Le principe d’hébergement sans loyer en échange d’une présence active est un des éléments fondateurs de l’association Le temps pour toiT. 

Avec son association Le Pari solidaire, Aude Messéan a de son côté choisi de se consacrer à la cohabitation intergénérationnelle « par souci de faire respecter au quotidien les valeurs essentielles que représentent la solidarité et le lien entre les générations ». Pour cette ancienne directrice de casting à la télévision, choquée par les 15 000 décès consécutifs à la canicule de 2003 en France, il s’agissait de « faire reconnaître la valeur des anciens » en s’inspirant de pratiques observées en Espagne. 

Rompre la solitude

Divorce, éparpillement géographique des familles, souci de ne pas « peser » sur la vie de leurs enfants, volonté d’indépendance, etc. : les seniors sont de plus en plus nombreux à vivre seuls. Parmi les dispositifs proposés par Christiane Baumelle, fondatrice de « La Trame », le projet Cocon3S accompagne la création de « cocons », des cohabitations entre seniors qui se choisissent pour investir de grandes maisons et y partager à nouveau un quotidien fait d’échanges, de fous rires, de balades et de sorties.

Au fil des réunions préliminaires, il s’agit de « définir à plusieurs le projet de vie d’un groupe ». De ces réunions prétextes à se dévoiler émergent des rencontres et des affinités. On peut alors se tester en organisant une première cohabitation lors d’un séjour en gîte.

« L’idéal est de former un groupe de quatre à sept personnes, explique Christiane. On n’y est jamais seul et on n’est pas non plus obligé d’être ami avec tout le monde ! ». Si partager un logement est économiquement très intéressant, la motivation financière ne peut pas être la seule : « Il faut se mobiliser autour de la construction d’un nouveau projet de vie, sinon ça ne marchera pas », considère Christiane. Car comme l’évoque Sabrina Pereira, « la cohabitation est quelque chose que je recommande, mais à condition d’avoir envie de partager des choses avec quelqu’un ».

 

Ils témoignent

  • Maxime, 27 ansen colocation avec Ingrid, 27 ans et Lucie, 27 ans à Paris (75)

Témoignage de Maxime, colocataire« Il y a deux ans, j’ai dû trouver à me loger en urgence après une séparation. Lors de la visite collective d’un appartement, j’ai rencontré d’autres étudiants et proposé une colocation. Pas facile de convaincre les propriétaires qui privilégient volontiers les familles, considérées plus stables. Chez nous, le dimanche matin est consacré au marché, et quand l’un de nous cuisine, c’est pour tout le monde. Mais quand on a besoin d’être au calme, chacun a sa chambre ! »

 

  • Claudette, 81 ans et Sabrina, 22 ans à Angers (49

Témoignage de Claudette et Sabrina, colocataire« Tous les soirs, je dîne avec Sabrina. Chacune fait sa propre cuisine, et on fait la causette. Sabrina est très à l’écoute et cherche toujours à savoir si j’ai besoin de quelque chose. Je fais mes courses moi-même, mais elle m’aide avec sa voiture pour les produits difficiles à transporter comme les packs d’eau. Et quand j’ai un bug avec mon ordinateur, je l’appelle !

Je n’ai jamais vécu seule et je ne voulais pas être isolée dans une ville que je ne connaissais pas. Je ne cherchais pas juste un logement, mais aussi de la compagnie et quelqu’un à qui faire la conversation. J’apprends beaucoup de choses avec Claudette parce qu’elle est très cultivée. Côté bricolage, je ne m’y risquerai pas, mais décrocher les rideaux pour les laver, ça oui. Et même si ça n’est pas dans le contrat, descendre les poubelles ou faire la vaisselle après le repas, ça va de soi ! »

 
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